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Il est temps de parler des droits des "réfugiés climatiques"

Il est temps de parler des droits des "réfugiés climatiques"

"Soudainement, l'eau est venue dans le village et a forcé les gens à partir." Au Bangladesh, on voyait déjà des scènes de ce genre chaque année, mais elles touchent de plus en plus de personnes. Photo: Prodipan

01 janvier 2001

Par Annegret Kapp (*)

Le bras de fer international sur l'instauration de seuils pour les émissions de carbone et d'autres instruments visant à freiner la dégradation du climat de la terre fait beaucoup parler d'elle depuis quelques mois, sans toutefois donner de résultats concluants. Ainsi la communauté internationale doit-elle désormais se préparer à prendre en charge les personnes qui seront contraintes d'abandonner leur foyer suite aux changements climatiques.

A mesure que le climat mondial se modifie, des millions d'individus seront arrachés à leur terre à cause de la montée du niveau de la mer, des phénomènes météorologiques extrêmes, des sécheresses et de la rareté de l'eau. Bien que de nombreux acteurs - des conseillers en développement aux experts de la sécurité - aient intégré cet état de fait dans leur discours, jusqu'à présent, la communauté internationale s'est peu impliquée dans la défense des droits des "réfugiés climatiques".

En matière de migration due aux changements climatiques, "tout le monde saute dans le train et agite ses propres priorités", a affirmé le professeur Frank Biermann, expert en gouvernance environnementale mondiale, lors d'une allocution prononcée à l'occasion d'une récente conférence organisée à Genève, Suisse.

Les environnementalistes, par exemple, ont recours à l'argument selon lequel certaines îles du Pacifique seront vraisemblablement englouties d'ici la fin du 21e siècle pour insister sur l'urgence du problème des changements climatiques, a déclaré le professeur: "Pour eux, Tuvalu, c'est le canari dans la mine."

"Afin d'inscrire les droits de ces populations vulnérables à l'ordre du jour de la communauté internationale, nous devons jeter des ponts entre le monde universitaire, les organisations de la société civile, les gouvernements et les Eglises travaillant sur la question des changements climatiques", a expliqué Guillermo Kerber, responsable du programme du Conseil œcuménique des Eglises (COE) sur les changements climatiques. Tel était l'objectif de la conférence organisée les 3 et 4 mai par le COE, la Conférence des Eglises du Pacifique (PCC) et l'agence protestante allemande de développement Pain pour le monde.

"J'ai conscience de l'ampleur de la tâche à accomplir pour créer un langage qui sera entendu dans les allées du pouvoir", a déclaré à l'ouverture de la conférence Peter Emberson, responsable des campagnes sur les changements climatiques à la PCC, "mais je suis venu ici rempli d'espoir et de prières."

Réfugiés, migrants et personnes déplacées

Trouver les termes exacts pour décrire les personnes qui seront forcées de quitter leur pays à cause de la détérioration des conditions climatiques, c'est la première difficulté qui se dresse sur le chemin menant à l'inscription du principe de protection de ces personnes dans le droit international.

La terminologie onusienne établit une distinction subtile entre migrants, réfugiés et personnes déplacées, selon les raisons et la réalité de leur déplacement: ont-ils franchi une frontière internationale? Ont-ils été l'objet de persécutions? Dans quelle mesure leur vie et leurs droits de la personne étaient-ils menacés?

"Nous les appelons 'réfugiés climatiques' parce qu'ils cherchent refuge. Il s'agit là du terme qui véhicule le mieux l'urgence du problème", selon Saudia Anwer, coordinatrice pour la prévention et la sensibilisation du Network on Climate Change Bangladesh (réseau sur les changements climatiques Bangladesh). Sa présentation sur les conséquences qu'ont les changements climatiques sur son pays a mis en lumière la nécessité de reconnaître les liens qui existent entre déplacement à l'intérieur des frontières d'un pays et déplacement transfrontalier, ainsi qu'entre migration forcée et volontaire.

Présentant une photo de gens ayant dû fuir leur maison sur la région côtière du Bangladesh, elle a expliqué: "Soudainement, l'eau est venue dans le village de ces gens et les a forcés à partir."

Au Bangladesh, on voyait déjà des scènes de ce genre chaque année, mais elles touchent de plus en plus de personnes, a ajouté Saudia Anwer. "Notre pays n'a pas la capacité de reloger toutes les personnes qui seront contraintes d'émigrer."

D'importantes revendications morales et juridiques

Un régime spécifique est nécessaire pour les personnes arrachées à leur terre à cause des changements climatiques, a affirmé le spécialiste des politiques environnementales Biermann.

Les personnes touchées partagent certaines caractéristiques qui les différencient des réfugiés politiques et des migrants économiques que le monde a connus par le passé: les "réfugiés climatiques" ne pourront pas rentrer dans leur pays après avoir bénéficié d'un asile provisoire. Ils sont susceptibles d'émigrer en masse, de manière collective et de façon relativement prévisible.

En outre, et surtout, ils ont d'importantes revendications morales et juridiques à l'égard de la communauté internationale, puisque ce sont les pays les plus riches qui sont les plus responsables de leurs problèmes.

C'est pourquoi Frank Biermann estime qu'un "nouvel instrument juridique spécifiquement adapté aux besoins des réfugiés climatiques" doit être créé, "ainsi qu'un mécanisme de financement indépendant". Cet instrument pourrait être notamment un protocole à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) existante.

"Des relocalisations ont déjà lieu dans le Pacifique", a déclaré le représentant de la PCC Peter Emberson. Il a cité en exemple les habitants des îles Carteret, dont l'évacuation a été décidée par le gouvernement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en 2003.

Ce processus de relocalisation en 14 étapes mis en place pour eux est exhaustif, a affirmé Peter Emberson, mais il pourrait être amélioré, notamment en matière d'accompagnement psychosocial pour les personnes déplacées et pour les communautés d'accueil à Bougainville, où ils habitent désormais.

La PCC met l'accent sur la nécessité d'impliquer dans les décisions les personnes concernées, une opinion que partage Jeanette Schade, chercheuse au Centre sur les migrations, la citoyenneté et le développement de l'université de Bielefeld.

Elle a présenté une étude de cas sur le Mozambique, où le gouvernement a relocalisé des milliers de familles depuis des zones exposées aux inondations vers des villages situés plus en hauteur. Ce déplacement a été accompagné d'un projet ambitieux visant à améliorer la vie de ces familles, en proposant de meilleurs logements, écoles et systèmes d'assainissement.

Cependant, des études menées en 2008 ont révélé que beaucoup de gens sont retournés vivre dans la vallée, plus fertile. Les connaissances locales sur les besoins de la population et les meilleurs endroits de relocalisation n'avaient pas été pris en considération, a expliqué Jeanette Schade.

C'est là l'une des leçons que la communauté internationale devra au plus vite mettre à profit pour défendre les droits des réfugiés climatiques. A en juger par le manque d'action en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les milieux politiques auront besoin de beaucoup de persuasion avant de se mettre sérieusement au travail.

(*) Annegret Kapp, rédactrice web au COE, est membre de l'Eglise évangélique du Wurtemberg, en Allemagne.

Travail du COE sur les changements climatiques

Travail du COE sur la migration et la justice sociale

A écouter: les interviews de Peter Emberson et Frank Biermann (en anglais)

Les opinions exprimées dans les reportages publiés par le COE ne reflètent pas nécessairement la politique du COE. Ce texte peut être reproduit gratuitement, en indiquant le nom de l'auteur.