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La population palestinienne privée d’eau potable – un droit humain essentiel

La Sixième réflexion des Sept semaines pour l’eau a pour auteure Mme Simona Abderhalden, responsable des campagnes d’action pour le groupe EWASH (Emergency, Water, Sanitation and Hygiene), organisme qui coordonne plus de 20 organisations œuvrant sur le territoire palestinien pour améliorer l’accès à l’eau, aux installations sanitaires et à l’hygiène. Les références bibliques correspondant à cette réflexion ont été ajoutées par le Réseau œcuménique de l’eau. Dans cette réflexion, Simona met en lumière l’importance de l’eau en tant qu’élément essentiel pour réaliser d’autres droits humains. Inspirée par le Dieu de justice, elle nous encourage à prendre position en solidarité avec les Palestiniennes et Palestiniens privés de ce droit humain essentiel en raison de l’occupation israélienne.
La population palestinienne privée d’eau potable – un droit humain essentiel

Deir Al Balah, Gaza. © ROE-COE/Asa Elsfström

Réflexion biblique pour les Sept semaines pour l'eau 2016

6ème semaine

N.B.: Les opinions exprimées dans les Réflexions bibliques ne reflètent pas nécessairement la politique du ROE et du COE.

Par Mme Simona Abderhalden*

Traduction en arabe (pdf)

«Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, défendez les opprimés…» (Ésaïe 1,17)

«Ô vous tous qui êtes assoiffés, venez vers les eaux, même celui qui n'a pas d'argent, venez!» (Ésaïe 55,1)

«L’accès à l’eau et aux installations sanitaires est un droit humain. Ce droit humain est, en soi, essentiel pour la vie et la dignité, mais c’est aussi le fondement pour réaliser une multitude d’autres droits humains, notamment le droit à la santé et le droit au développement.»

(Navanethem Pillay[2], Haut-Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’homme de 2008 à 2014)

Affirmation biblique de justice et de paix

La justice est un élément clef que l’on trouve dans de nombreuses Écritures religieuses, et en particulier dans la Bible. Le Dieu de justice a parlé par les prophètes de Dieu, se rangeant toujours du côté des personnes qui souffrent et qui sont opprimées, et rendant justice aux personnes défavorisées. Voilà pourquoi la justice et la paix sont des principes essentiels de la foi chrétienne.

Si, en tant que croyants, nous ne réagissons pas sur les questions de justice et de paix, nous ne sommes pas vraiment des disciples de Dieu. Si la nourriture spirituelle est importante pour notre paix personnelle, nous sommes toutes et tous appelés à être les porte-parole des faibles, qui ne peuvent parler pour eux-mêmes ou défendre leurs droits. Nous sommes appelés à être des défenseurs de la justice et de la paix – faute de quoi, comme nous le rappelle le prophète Amos, Dieu n’acceptera ni nos prières ni nos rituels (cf. Amos 5,21-24).

Si les facteurs qui affectent la plénitude de vie des gens sont nombreux, l’eau, la nourriture et le logement sont quelques-uns des besoins essentiels pour survivre.

L’eau est un élément essentiel de notre vie. Sans eau, il n’y aurait pas de vie. Toute personne, sur la terre, devrait y avoir accès, quels que soient son contexte d’origine et son statut économique.

Le 28 juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a explicitement reconnu le droit humain à l’eau et aux installations sanitaires, et elle a également affirmé que l’eau potable et les installations sanitaires sont essentielles à la réalisation de tous les droits humains[3].

Pourtant, malgré cette avancée, le véritable défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui est de traduire ce droit humain en réalité sur le terrain: dans le monde, 700 millions de personnes n’ont toujours pas accès à des sources d’eau améliorées[4]. Aujourd’hui encore, beaucoup de gens ont du mal à obtenir l’eau nécessaire correspondant à leurs besoins essentiels. Et, bien trop souvent, la rareté de l’eau a une cause humaine: pendant que certains meurent de soif, d’autres gaspillent l’eau et en font un usage abusif.

Violation du droit humain à l’eau – Étude de cas

La pleine réalisation du droit à l’eau est souvent rendue impossible non seulement par des causes naturelles (p. ex. sécheresse et pénurie) mais aussi et surtout par des causes d’origine humaine. En fait, l’eau est souvent employée et exploitée comme instrument d’hégémonie. La Palestine en constitue un bon exemple. L’accès des Palestiniens à l’eau, en fait, est sévèrement restreint – tant en Cisjordanie qu’à Gaza – par des politiques discriminatoires mises en place par Israël en violation du droit humanitaire international.

L’accord Oslo II de 1995 visait à établir un arrangement qui incluait l’accès à l’eau par les Israéliens et les Palestiniens en Cisjordanie. Dans l’état actuel des choses, les Palestiniens se voient manifestement privés de leur «droit à l’eau».[5] Cette répartition inégale de l’eau, et la violation de l’accord qui en résulte, a, en pratique, accordé à Israël le contrôle de presque toutes les ressources communes en eau, notamment 80% de l’aquifère des montagnes, qui, en dehors du Jourdain, représente la seule ressource importante en eau potable de la Cisjordanie. Les Palestiniens n’ont pas accès au fleuve depuis le début de l’occupation israélienne en 1967. Aujourd’hui, plus de vingt ans après l’accord Oslo II, l’allocation officielle aux Palestiniens de l’eau provenant des ressources communes est demeurée bloquée aux niveaux de 1995, en dépit du fait que la population palestinienne a doublé. Sur le terrain, la situation est encore pire: en fait, à l’heure actuelle, les Palestiniens exploitent entre 10 et 20% d’eau de moins que ce qui était prévu dans l’accord d’Oslo, du fait qu’Israël bloque le développement d’infrastructures essentielles pour l’eau, et notamment la construction de puits, en Cisjordanie[6].

En conséquence, la consommation moyenne d’eau domestique chez les Palestiniens de Cisjordanie est d’environ 70 litres par personne et par jour (l/p/j), ce qui est bien au-dessous des 100 l/p/j recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). À l’inverse, dans les colonies israéliennes illégales de Cisjordanie, la consommation moyenne d’eau est d’environ 300 l/p/j.

En outre, dans la Zone C (plus de 60% de la Cisjordanie est sous le complet contrôle civil et militaire israélien), une restriction supplémentaire est imposée, du fait qu’il faut aussi une autorisation de l’administration civile israélienne pour tout type de construction ou toute intervention de maintenance. Entre 2010 et 2014, 1,5% seulement des demandes palestiniennes de permis de construire ont été approuvées dans la Zone C.[7]

Ce régime discriminatoire actuel d’autorisation force les Palestiniens vivant dans la Zone C à développer les infrastructures WASH (assainissement et promotion de l'hygiène de l'eau) essentielles sans les autorisations requises et à vivre sous la menace constante de démolition. En violation du droit humanitaire international et du droit international relatif aux droits de l’homme, la démolition d’infrastructures WASH palestiniennes essentielles – comme les puits, les citernes, les bassins de récupération d’eau de pluie, les latrines et les installations de traitement des eaux usées – demeure une caractéristique constante de l’occupation israélienne ainsi qu’une cause première de déplacement des populations palestiniennes, notamment depuis la Zone C. Environ 113 000 personnes vivant dans 70 agglomérations de la Cisjordanie n’ont aucun accès au réseau de distribution d’eau et ne comptent que sur l’eau de pluie ou sur l’eau vendue chère par des opérateurs privés. De ce fait, ils vivent avec 20 litres d’eau par jour et par personne, ce qui représente la quantité minimale recommandée par l’OMS pour une «survie à court terme» dans des situations d’urgence et de catastrophe[8].

Dans la Bande de Gaza, la situation n’apparaît pas meilleure. La part qu’obtient Gaza de l’aquifère côtier, la seule source d’eau potable disponible, est insuffisante pour satisfaire les besoins des quelque 1,8 millions de Palestiniens vivant dans ce secteur. Comme il n’existe pas d’autre possibilité d’approvisionnement en eau, cet aquifère est surexploité – jusqu’à environ quatre fois son débit annuel durable possible. Des décennies de pompage excessif et la contamination de l’aquifère par l’infiltration d’eaux usées, de produits agrochimiques et d’eau salée ont provoqué des dégâts sévères et irrémédiables à l’aquifère. Gaza est confrontée à une crise du fait que jusqu’à 95% de l’eau extraite de l’aquifère côtier est impropre à la consommation humaine.[9]

En conséquence, pour la boisson et la plupart des usages domestiques, 60% de la population de Gaza doit se contenter d’eau dessalée vendue par des opérateurs privés.[10] Outre le fait que la qualité de cette eau n’est soumise à aucun contrôle, elle coûte beaucoup plus cher que l’eau provenant des réseaux; en conséquence, les foyers les plus vulnérables de Gaza dépensent jusqu’à un tiers de leurs revenus pour l’eau.

En outre, Gaza est fréquemment victime de coupures d’électricité, qui ont des répercussions négatives sur la distribution d’eau et les installations d’eaux usées de Gaza. De ce fait, jusqu’à 90 millions de litres d’eaux usées non traitées ou partiellement traitées sont déversés chaque jour dans la Méditerranée.[11]

La situation déjà critique en matière d’assainissement et de promotion de l'hygiène de l'eau (WASH) s’est aggravée depuis la guerre menée en 2014 contre Gaza, qui a causé de graves dégâts (34 millions de dollars) à l’infrastructure essentielle en matière d’eau et d’hygiène. La reconstruction qui a suivi la guerre et le développement du secteur d’assainissement et de promotion de l'hygiène de l'eau (WASH) sont retardés ou bloqués par le blocus imposé à Gaza par les Israéliens depuis presque dix ans; du fait que les quantités de matériaux autorisées à entrer à Gaza sont insuffisantes, les projets sont retardés de plusieurs années sinon même annulés, ou encore ils ne fonctionnent pas. En conséquence, dans toute la Bande de Gaza, 100 000 personnes ne sont toujours pas connectées au réseau de distribution d’eau et doivent compter sur l’assistance humanitaire[12], et 23% de la population de Gaza n’est pas connectée aux réseaux des eaux usées en raison des dégâts causés aux installations de traitement.[13]

L’accès à l’eau est, dans le monde entier, un besoin fondamental et un droit pour toute personne.

Manifestement, Israël abuse de cette ressource naturelle essentielle et limitée pour imposer son hégémonie aux Palestiniens et pour atteindre ses objectifs. L’accès limité à l’eau en Palestine empêche sa population de parvenir à un mode de vie durable. Les Palestiniens qui vivent dans la Zone C, en particulier, sont souvent contraints de quitter leur foyer et leur pays en raison de l’absence d’eau qui permettrait de satisfaire leurs besoins essentiels et ceux de leur bétail (généralement leur principale source de revenu) et raison de l’absence d’infrastructures d’approvisionnement en eau et d’hygiène sanitaire. La démolition d’infrastructures de distribution d’eau et d’installations sanitaires se traduit par un transfert forcé, ce qui constitue une grave violation du droit international. En outre, les gens contraints de quitter leur terre facilitent l’expansion de colonies, ce qui rend d’autant plus difficile encore la possibilité de justice et de paix.

À Gaza, outre l’impact négatif sur le développement des moyens d’existence, la situation en matière d’eau, et tout particulièrement la mauvaise qualité de l’eau et l’absence d’infrastructures d’hygiène appropriées, posent de graves risques pour la santé de la population.

Il ne fait pas de doute que les questions relatives à l’eau sont au cœur du conflit israélo-palestinien et qu’une égalité en matière de politique de l’eau est une condition préalable essentielle pour parvenir à une amélioration durable dans ce conflit qui dure depuis des dizaines d’années. La Palestine est certainement un exemple important de la manière dont le droit humain à l’eau est essentiel pour parvenir à la réalisation de tous les autres droits humains.

«Mais que le droit jaillisse comme les eaux et la justice comme un torrent intarissable!» (Amos 5,24)

 



*Mme Simona Abderhalden est la responsable des campagnes d’action pour le groupe EWASH (Emergency, Water, Sanitation and Hygiene), organisme qui coordonne plus de 20 organisations œuvrant sur le territoire palestinien pour améliorer l’accès à l’eau, aux installations sanitaires et à l’hygiène. Les références bibliques de cette réflexion ont été ajoutées par le Réseau œcuménique de l’eau.

[2] Realising the human rights to water and sanitation, manuel publié sous la direction de Catarina de Albuquerque, Rapporteur spécial des Nations Unies, Introduction, 2014, cité par le Rapporteur spécial sur le droit humain à l’eau potable et à l’hygiène.

[3] Résolution 64/292

[4] Rapport mondial 2015 de l’ONU sur la mise en valeur des ressources en eau, L’eau pour un monde durable.

[5] The Israeli-Palestinian Interim Agreement on the West Bank and the Gaza Strip, Annex III Protocol Concerning Civil Affairs, 1995 (L’Accord intérimaire israélo-palestinien sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza, Annexe III, Protocole sur les Affaires civiles - http://www.persee.fr/doc/afdi_0066-3085_1995_num_41_1_3312)

[6] Palestinian Water Authority (PWA): Status Report of the Water Resources in the Occupied State of Palestine, 2012 (Autorité palestinienne: Rapport de situation des ressources en eau dans l’État occupé de Palestine, 2012).

[7] OCHA: Under threat: Demolition orders in Area C of the West Bank (Sous la menace – Ordres de démolition dans la Zone C de la Cisjordanie), In the spotlight, septembre 2015.

[8] http://www.btselem.org/press_releases/20140212_discrimination_in_water_allocation

[9] http://www.unicef.org/oPt/UNICEF_State_of_Palestine_-_WASH_News_update_-_December_2013.pdf

[10] Chiffres donnés par la CMWU, Gaza, en 2014.

[11] PWA factsheet: Water Crisis Deepens: Without Sustainable Solutions, Future at Stake, 2015.

[12] Chiffres donnés par la CMWU, Gaza, en 2014.

[13] Chiffres donnés par le WASH Cluster, Gaza, en 2014.