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L'Eau: Don et Source de Vie

La première réflexion de la campagne Sept semaines pour l'eau est présentée par le philosophe, théologien et sociologue brésilien Ivo Poletto. Il occupe également le poste de conseiller national auprès du Forum brésilien sur le changement climatique et la justice sociale. Dans cette réflexion, il analyse le cycle de l'eau au Brésil et les «rivières volantes» d'Amazonie. Il déplore également la déforestation rapide, qui perturbe ce cycle et entraîne la disparition des nuages et des aquifères. Il insiste sur le fait que l'eau est l'un des biens communs qui nécessitent une attention toute particulière, car il n'y a pas de vie sans eau.
L'Eau: Don et Source de Vie

Ivo Poletto

Introduction

La première réflexion de la campagne Sept semaines pour l'eau est présentée par le philosophe, théologien et sociologue brésilien Ivo Poletto. Il occupe également le poste de conseiller national auprès du Forum brésilien sur le changement climatique et la justice sociale. Dans cette réflexion, il analyse le cycle de l'eau au Brésil et les «rivières volantes» d'Amazonie. Il déplore également la déforestation rapide, qui perturbe ce cycle et entraîne la disparition des nuages et des aquifères. Il insiste sur le fait que l'eau est l'un des biens communs qui nécessitent une attention toute particulière, car il n'y a pas de vie sans eau.

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Texte:

Le Seigneur Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour cultiver le sol et le garder (Gn 2,15)

Réflexion:

La réalité de l'eau au Brésil

Au cours des dix dernières années, je me suis spécialement intéressé aux effets du changement climatique sur la vie des individus, en particulier la vie des plus démunis.[1] La réalité montre que les plus grandes souffrances ont été causées par les problèmes liés à l'eau. Lorsqu'il pleut trop, les inondations et les ouragans ont des répercussions sur la vie des familles vivant dans des endroits peu ou pas sécurisés. L'absence de pluie, quant à elle, aggrave les conditions de vie dans les régions semi-arides, comme le biome de la Caatinga au Brésil. Ces dernières années, plusieurs régions ont connu une baisse des précipitations, poussant de grandes métropoles comme São Paulo et Brasilia à instaurer un plan de rationnement de l'eau pendant de longues périodes.

Selon des données publiées récemment, au cours des quatre dernières années, 55 millions de Brésiliens ont souffert des conséquences liées aux événements climatiques[2]; des conséquences certainement exacerbées par le changement climatique mondial et la hausse des températures ressentie dans tout le pays. Comme nous le savons, tous les éléments nécessaires à la vie de tous les êtres vivants et de la Terre elle-même font partie d'une unité complexe, dans laquelle tous dépendent les uns des autres. L'eau est l'un de ces éléments essentiels à la vie. En outre, c'est précisément parce que tout est étroitement lié que la crise de l'eau est la preuve que l'impact de l'activité humaine sur la planète a bouleversé les cycles de l'eau. Bien que l'eau ne disparaisse pas, elle n'est plus disponible dans toutes les régions au moment où la Terre-Mère a voulu qu'elle le soit, au cours de son long processus de création.

Prenons l'exemple suivant. La formation de la pluie dans les régions du Centre-Ouest et du Sud-Est du Brésil, voire dans toute l'Amérique du Sud, dépend fondamentalement de l'humidité générée en Amazonie. De véritables «rivières volantes»[3] se forment au-dessus de ce biome. Elles peuvent contenir des quantités de vapeur d'eau beaucoup plus importantes que le volume d'eau liquide du fleuve Amazone. Ce phénomène est dû au fait que la forêt amazonienne produit et libère dans l'atmosphère une grande quantité d'humidité, qui se mêle alors à l'humidité que la forêt absorbe de l'océan Atlantique. La partie de ces rivières volantes qui ne retourne pas dans la forêt sous forme de précipitations est acheminée par les vents jusqu'à l'océan Pacifique. Lorsqu'il heurte les hauts sommets de la cordillère des Andes, le vent tourne littéralement vers le centre du continent, entraînant avec lui l'humidité et les pluies vers les régions situées à des latitudes normalement considérées comme des déserts.

D'autre part, la Terre a initialement conçu le biome du Cerrado, situé sur les hauts plateaux du Brésil, comme un espace avec un sol, une végétation et un climat qui en ont fait une zone clé pour la recharge des grands aquifères Guarani, Bambui et Urucuia. L'eau peut s'écouler ou non de ces aquifères pour former des sources, des ruisseaux et des rivières qui maintiennent le sol en vie et assurent un approvisionnement en eau douce pour l'ensemble des êtres vivants et des usages. Le Cerrado a été presque totalement déboisé et son sol a été surexploité par le système de l'agro-exportation. Conséquence de cela, les aquifères ont moins d'eau, ce qui réduit la quantité d'eau disponible pour la région centrale et menace les rivières qui s'écoulent vers le nord, le nord-est, l'ouest, le sud-est et le sud.[4]

Le principal cycle de l'eau au Brésil dépend donc de l'océan Atlantique, de l'Amazonie et du Cerrado. La superficie des zones déboisées de l'Amazonie étant déjà trois fois supérieure à celle de l'État de São Paulo, la formation d'humidité et de rivières volantes diminue, ce qui provoque des sécheresses dans la région, réduit les précipitations dans le Cerrado et entraîne ainsi une crise de l'eau généralisée.

Dieu dit: «Chérissez l'eau!»

Comme l'a écrit saint François d'Assise dans un cantique, l'eau est si utile, humble, précieuse et chaste.[5] Sa modestie se manifeste également en partie par sa visibilité partielle. Les êtres humains insouciants respectent à peine cette eau lorsqu'elle s'écoule dans les rivières et se déverse dans les lacs et les océans; ils se plaignent souvent qu'elle prenne la forme de pluies; et ils ne remarquent même pas sa présence dans le sol, le sous-sol et l'atmosphère. Sa disponibilité dépend de cette invisibilité.

C'est la raison pour laquelle, selon le poème de la Création, que l'on trouve dans le Livre de la Genèse, l'eau a été créée presque au début du processus qui s'achève par l'existence de l'homme et de la femme. L'eau n'étant pas spécifiquement mentionnée dans le mandat accordé par Dieu aux espèces humaines[6], ces dernières ont souvent utilisé cette ressource de manière insouciante, au lieu de la considérer avec respect, comme tout ce qui est vie et source de vie, source et condition permanente de la vie humaine. Au cours des derniers siècles, avec le développement et la domination de la conception capitaliste de la vie, l'eau, comme tout le reste, est devenue une chose, une marchandise. Le progrès s'étant traduit par une croissance sans fin de la production et de la consommation en vue de multiplier et de concentrer les richesses entre les mains d'une minorité, l'eau est l'un des biens de la Création qui lancent un appel au secours à la Terre-Mère:

«Moi, vous et tous les êtres de la Terre et de l'Univers sommes des êtres créés et mortels, et notre capacité à rester vivants et à être sources de vie dépend du reste des biens de la Création!» – Laudato Si'

Le pape François insiste sur l'urgence pour l'humanité d'écouter et de prendre au sérieux le cri des pauvres et de la Terre[7]. Nous ne pouvons pas continuer, à tort, de distinguer la crise écologique de la crise sociale. Il n'y a qu'une crise; une crise socio-environnementale causée par les mêmes processus historiques et par les mêmes agents d'une civilisation centrée sur l'idolâtrie de l'argent, de la richesse et du pouvoir. Il s'agit donc d'une crise de civilisation que seuls des changements profonds et structurels permettront de surmonter.

La perspective du ciel nouveau et de la terre nouvelle[8], qui est présentée dans l'Apocalypse afin d'entretenir l'espoir pour ceux qui sont persécutés par l'Empire romain, doit aujourd'hui devenir une source d'espoir pour tous ceux qui comprennent le besoin historique de bâtir une civilisation post-capitaliste. Dans cette perspective, dans la proposition du Bien-vivre[9], qui se base sur la longue histoire de la Pachamama, la Terre-Mère est présentée comme une possibilité de rêver d'autres mondes, d'autres façons de produire ce dont l'humanité a réellement besoin pour être heureuse, et d'autres façons de vivre en harmonie avec les biomes[10]. Les biomes sont des berceaux vivants et des sources de vie créés par Dieu et la Terre et confiés librement aux êtres modelés avec de la poussière prise du sol et l'haleine de vie[11] - les femmes et les hommes. L'eau, qui est l'un des biens nécessitant une attention particulière, existe sous formes liquide, solide et gazeuse, sur les continents et dans les mers, dans le sous-sol et l'atmosphère. Il n'y a pas de vie sans eau. L'eau est et doit être considérée comme un bien commun de toute la communauté des êtres vivants, de tout ce qui compose la Terre.

Questions:

  1. Qui sont les responsables des catastrophes socio-environnementales liées à l'eau?
  2. Que pouvons-nous et devons-nous faire pour prendre soin de l'eau et bâtir des sociétés du bien-vivre?



[1] Ivo Poletto a collaboré à la rédaction du livre Profecia da Terra Mudanças Climáticas provocadas pelo Aquecimento Global, publié par Edições CNBB en 2009.

[2] http://sustentabilidade.estadao.com.br/noticias/geral,em-quatro-anos-secas-e-inundacoes-afetam-55-7-milhoes-de-brasileiros,70002103645

[3] http://riosvoadores.com.br/o-projeto/fenomeno-dos-rios-voadores/

[4] http://www.portalraizes.com/o-cerrado-acabou-entrevista-com-altair-sales-barbosa/

[5] http://www.franciscanos.org.br/?page_id=3124

[6] Gn 2,15

[7] Par exemple: Laudato Si, 49.

[8] Ap 21,1

[9] Alberto Acosta. O Bem Viver uma oportunidade para imaginar outros mundos. São Paulo: Ed. Elefante, 2016.

[10] Ivo Poletto. Biomas do Brasil da exploração à convivência. Ed. Free digital, disponible sur https://www.conic.org.br/portal/noticias/2191-baixe-o-livro-biomas-do-brasil-da-exploracao-a-convivencia

[11] Gn 2,7